artistes invités art, territoire, cartographie automne 2013

Nicolas Desplats

plasticien

Extrait du texte de Bernard Muntaner : La quête du tableau

[…] Nicolas Desplats semble mettre à nu (à plat) l’espace de son atelier, l’ombre des tréteaux, l’ombre des châssis, ainsi que des châssis nus, vidés de substance picturale, des toiles blanches immaculées, en possible devenir. C’est le motif de son travail. Pas le « motif » des peintres du xixe qui sortaient de leur atelier pour faire du paysage in situ, non, Desplats, lui, reste dans son atelier et pose comme « motif », pris ici au sens de motivation, ce qui « le » motive, à savoir : le propos, le « propre » du tableau — sa propriété, ce qui le constitue — ce qui porte et supporte « La » peinture. […]

 

Extrait du texte de Luc Jeand’heur : La scène

[…] La peinture ici est un lieu de passage et de projection. On est dans une forme de Visitation. On retrouve dans cette idée d’installation un parallèle à l’esprit de la peinture pour Nicolas Desplats, à la fois lieu de sacralisation et édification païenne.

On entre dans l’exposition comme dans sa chapelle. Sous la verrière, dans le chœur, l’artiste a dressé une sorte d’autel où il mêle subtilement les mythologies : deux toiles reprennent la lumière zénithale et par un jeu de retournement dessinent une colonne de lumière sur toile, cachant une petite toile et des interventions sur cartes postales comme des jeux d’enfants.

Dans les travées sont accrochés des petits formats, jeu de motifs entre l’abstraction du lieu et des « montagnes » comme écriture picturale automatique.

Dans le narthex, une troublante photographie très picturale de l’atelier du temps de la résidence, posée en équilibre sur une barre comme un catéchumène posé en attente du sacrement : devenir une vraie peinture […].

Pour en savoir plus : documentsdartistes.org/desplats


Hélène Agofroy

ARRANGEMENT, 1997

 

Dispositif, superposition modulable de 3 cartes de France

PVC transparent, couleurs sérigraphiées

150 x 150 x 2 cm

Collection FRAC Provence-Alpes Côte d’Azur

Photo : Alain Le Nouail © Adagp, 2013

Inv.: 97.333

Arrangement, pièce à usage collectif, se compose de trois cartes de France, agrandies en PVC transparent, sur le modèle des cartes scolaires en plastique.

Couleurs sérigraphiées (3 valeurs d’orange pour les reliefs, un bleu pour les fleuves et rivières).

Les villes sont indiquées par des trous de 1 cm de diamètre.

Les cartes s’accrochent en superposition sur un piton chevillé au mur par un trou (ville) par carte.

Par son poids, chaque carte prend une orientation différente de la précédente sur laquelle elle s’applique. Chaque accrochage expose une géographie nouvelle et inconnue.

Le changement d’échelle par rapport au modèle de référence fait passer l’objet connu comme individuel à un usage collectif.

La nouvelle figure n’a pas de sens, pas d’orientation, pas de Nord ni de haut.

On est en situation de survol d’un terrain nouveau.

La superposition brouille l’information. Le modèle France n’est plus lisible à première vue, il est déstabilisé. Pas de reconnaissance du terrain.

Les particularités régionales se cumulent, se recouvrent et se brouillent.

La superposition modifie les reliefs, redessine les fleuves et les frontières.

Le terrain devient essentiellement montagneux, tissé d’un réseau fluvial excessif.

La transparence introduit le doute en pourtour sur le marquage des frontières.

La géographie est complexe et la situation géologique impossible voire explosive.

Ce cumul dessine un terrain d’observation sur lequel peuvent se loger quantité d’interprétations et de suggestions géopolitiques, stratégiques. C’est aussi un objet qui se compose d’où les raisons pour lesquelles l’utilisateur superpose 3 villes peut être simplement de l’ordre de la composition.

Si l’utilisation de la carte comme motif suppose une intention géopolitique de la part de l’auteur, elle n’évacue pas l’aspect décoratif de l’objet et pose la question des intentions, de l’usage et de l’interprétation.


Jean Bellissen

Étang Durand, Étangs du Roi, 1990

Ensemble dissociable de neuf dessins

Pastel gras et détrempe glycéro sur papier

Crédit photo : Yves Gallois © Jean Bellissen Collection FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur

Inv. : 92.209(A)

Depuis le début des années soixante, le travail de Jean Bellissen fonctionne sur le mode de la thématique. Étang Durand, Étangs du Roi s’inscrit dans cette démarche et présente une série de dessins marqués par le développement d’un graphisme faussement abstrait.

Description intellectuelle d’un paysage, ces œuvres poétiques témoignent de la fusion entre un environnement naturel et son écriture par l’artiste. Sans les démunir de leur légitimité respective, les éléments mis en scène résultent d’une transposition de formes épurées. Évocation d’un étang évidé, les tâches colorées soulignent et révèlent la notion de décomposition.

Les constructions chaotiques traduisent l’expression d’une tension de l’exécution plastique liée au relâchement de l’esprit. Cette tension, opposée à l’idée de gestualité, exprime d’une manière univoque l’investissement physique et mental de Jean Bellissen. Tracé schématique d’une expérience visuelle et sensorielle, cette œuvre est caractérisée par sa dimension organique.

in cat. Collection 1989-1999 : FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, coéditions Actes Sud, Arles / FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, 2000

L. S.


Pascal Simonet

Sans titre, 1996

Empreintes végétales pigment et pastel sec sur carton bois

82 x 122 cm

Collection FRAC Provence-Alpes Côte d’Azur

Photo : Yves Gallois © Adagp, 2013

Cette pièce sur support carton fait partie d’une série commencée entre 1995 et 96, et fait suite à des expérimentations graphiques et photographiques commencées à partir de 1986 de manière très marginale dans ma pratique.

C’est le voyage, la traversée régulière et très souvent aveugle de la France dans son axe Sud/Nord, qui est à l’origine de ce travail. Ces déplacements géographiques me permettent de reposer différemment la question du paysage, de sa représentation graphique, en celle de notre rapport au monde et de notre place dans celui-ci.

Formellement, cette pièce est constituée en premier lieu d’une mise à plat de l’élément végétal au moyen d’empreintes directes qui viennent dessiner discrètement sur et dans le carton rehaussé de pigment. Un second dessin au pastel sec, d’après un tableau paysagiste tout à fait imaginaire du XIXe siècle d’Achille-Etna Michallon, est là pour constituer une sorte de modèle, d’archétype du paysage, de celui sublimé. À ce dessin vient s’en superposer un troisième et s’entremêler une perspective toute autre, qui nous renvoie ici l’image de la friche industrielle, sorte de mauvaise conscience que l’on ne sait plus voir et qui oblitère l’environnement des voies de chemin de fer.

Le paysage rêvé, imaginé, sublimé, presque immuable est là comme une sorte d’interface paysagère, comme le sont les espaces verts, parcs et jardins urbains.

Les anciens, comme les nouveaux, sites industriels de périphérie urbaine sont des zones de consommation où la réhabilitation et la circulation aveugle rendent le rapport au corps quasi absent. Ce paysage occidental tend à nous échapper parce que l’habitant des espaces urbains, comme celui d’ailleurs des zones naturelles protégées, est lui-même exclu de ces lieux.

Pascal Simonet, octobre 1999


Stéphane Steiner

Site n°71, 1992

Bois, plastique, acier et aluminium

75 x 75 x 5 cm

Collection FRAC Provence-Alpes Côte d’Azur © Stéphane Steiner

Hypothétiques sites industriels à peine figurés en volume pour l’assemblage de chutes de plastiques et de métaux divers, ces mini-installations révèlent l’apparence du projet architectural, en même temps qu’elles procèdent du jeu de construction. Plutôt plans que maquettes et plutôt praticables que modèles réduits, les espaces fictifs de Steiner ne sont pourtant qu’un négatif du travail de l’architecte. Ils naissent de la juxtaposition élémentaire, et aléatoire parfois, de fragments épars sur lesquels l’artiste n’intervient pratiquement pas, avec pour seule logique celle de la déconstruction. Les Sites, essentiellement réalisés à partir de matériaux récupérés à la périphérie de la ville, au gré du hasard et des rencontres, figurent des rémanences de lieux de production dévastés et désolés, sont nos ruines contemporaines. De la beauté industrielle ou une vision apocalyptique du monde occidental filtrée par un regard romantique.

La coïncidence entre la provenance du matériau collecté (la chute industrielle) et sa destination (la figuration de sites industriels) donne ainsi à cette esthétique du déchet toute sa signification.

Dans la plupart des cas, rattachées au mur, voire à l’angle, ces pièces ne sont jamais tout à fait autonomes et en cela on peut dire qu’elles sont plus proches de la peinture que de la sculpture. D’ailleurs, leur référent (le paysage) est un sujet pictural par excellence et leur configuration plutôt plane n’est pas très éloignée du tableau. Comme le tableau, elles nous échappent toujours un peu : leur présence se situe en deçà de la nôtre. Cette absence d’autonomie effective ne nuit cependant pas à leur faculté d’adaptation à différents espaces qui participe d’un véritable principe d’indifférence. En effet, de par leurs dimensions réduites ces installations possèdent un sens stratégique des lieux et elles sont sans cesse sur le bord d’un déséquilibre, en passe de devenir autre chose.

Nous sommes là devant une forme de travail in situ qui laisse le champ libre à toute forme d’improvisation.

Catherine Macchi, 1993 (extrait d’un texte non publié)


Bouchra Khalili

Mapping journeys n°4, 2010

Vidéo

Durée : 4’

1/5

Collection FRAC Provence-Alpes Côte d’Azur

Photo : Galerieofmarseille © Adagp, 2013


Cette exposition est organisée en partenariat avec le Fond Régional d’art contemporain de la Région PACA et bénéficie du soutien financier de la Direction Régionale des affaires culturelles de la région PACA.